Améliorer la nutrition pour une meilleure santé buccodentaire

September 27, 2010

Le problème de la malnutrition touche le Canada et une bonne partie des pays développés. Dans l’histoire, nous comptons parmi les sociétés les plus suralimentées et les plus atteintes de malnutrition, et bon nombre de gens souffrent des maladies chroniques qui s’ensuivent. Le coût sociétal touchant la qualité moindre et la durée de vie est important. Le coût économique est également considérable, étant donné que les vastes ressources exigées pour traiter les personnes atteintes de maladies chroniques pèsent lourdement sur les systèmes de santé dans le monde entier.

En 2000, le Ministère de la Santé et des Services sociaux des États-Unis reconnaissait, dans un rapport sur la santé buccodentaire1, plusieurs liens entre la santé buccodentaire et la santé générale. Parmi ses découvertes sur les manifestations buccodentaires des maladies systémiques, le rapport indique qu’il y a un lien important entre la maladie parodontale et la maladie du cœur après une réévaluation en fonction d’autres facteurs de risque connus. Jugeant que la santé buccodentaire et la santé générale font partie du même continuum, le rapport propose un cadre d’intervention visant à améliorer et à promouvoir la santé buccodentaire.

Plus récemment, l’Association dentaire de l’Ontario a rédigé un rapport sur la carie chez les enfants.2 Ce rapport adresse au gouvernement 5 recommandations générales en faveur d’un accès amélioré aux programmes et aux services financés par les deniers publics; de l’utilisation de vernis fluorurés; de la fluoruration des eaux communautaires; de l’adoption d’un outil de dépistage sensible et fiable; et de la promotion, par le Ministère de la santé, d’activités de sensibilisation à la santé buccodentaire.

Dans leurs recommandations officielles, ces 2 rapports ne font qu’une allusion hâtive à l’amélioration du régime alimentaire des personnes. À mon avis, une bonne nutrition est un aspect crucial pour atteindre une santé buccodentaire et une santé générale optimales, et la profession dentaire peut aider à améliorer la santé buccodentaire des patients en favorisant des choix sains dans l’alimentation.

Le défi

Il y a près de 40 ans, Thomas Cleave et John Yudkin ont posé comme hypothèse que les maladies dentaires partagent une cause commune avec des maladies systémiques, laissant entendre que ce facteur commun est un régime alimentaire riche en glucides raffinés (p. ex., les boissons et les aliments ayant des taux élevés de sucre ou de farine blanche). Cleave a démontré que bon nombre de maladies – y compris des caries chez les jeunes – observées chez des Africains dans des villes ne se retrouvaient pas chez leurs parents vivant en tribu.3 Il a suggéré que ces caries permettaient de prévoir avec sûreté l’obésité, un syndrome métabolique, une coronaropathie et d’autres maladies chroniques à un âge avancé. Des études récentes confirment bon nombre de ces revendications et suppositions originales touchant le régime alimentaire des êtres humains.4 Par ailleurs, il y a de plus en plus de données à l’appui de la théorie suivant laquelle le génome humain est mal adapté aux qualités nutritives de nos aliments aujourd’hui.5

Les maladies dentaires étaient vues comme «le canari dans la mine de charbon» – un avertissement précoce du début de maladies systémiques à un âge avancé. L’hypothèse alimentaire suivant laquelle la réduction de la consommation de glucides raffinés aide réellement à prévenir tant des maladies buccodentaires que des maladies systémiques a été éprouvée dans des essais cliniques.4 À mon avis, ce doit être également le cadre de projets de prévention touchant les maladies dentaires et systémiques causées par des régimes riches en glucides raffinés.

Bien que je ne suggère pas que nous essayions d’éliminer complètement les glucides raffinés de nos régimes alimentaires, il est à la fois possible et utile de faire des efforts en vue de réduire la consommation de boissons douces, de jus sucrés, de boissons énergisantes et d’aliments ayant des taux de sucre élevés.

Depuis quelque temps, les gouvernements ont réussi à influencer le comportement du public grâce à une série de taxes et de subventions. Ainsi, suivant mon point de vue, la plus grande percée médicale récente n’est pas un nouveau traitement contre le cancer, la scanographie, l’IRM ou une nouvelle drogue miraculeuse, mais plutôt une taxe accrue sur les cigarettes.6

Une série judicieuse de taxes et de subventions parviendrait-elle à réduire la consommation de glucides raffinés et à augmenter celle de fruits et légumes dans nos régimes alimentaires? Bien sûr. Cela améliorerait-il la santé buccodentaire et la santé générale? Encore une fois, bien sûr. Les groupes intéressés s’opposeraient-ils à une telle série de taxes et de subventions? Et encore une fois, bien sûr.

Récemment, les décideurs américains ont débattu une proposition visant à adopter une taxe fédérale sur les boissons sucrées afin d’aider à financer les réformes à leur système de santé. Il n’a pas été surprenant de voir un groupe de pression de l’industrie de la boisson représentant des sociétés comme Coca-Cola, PepsiCo et Kraft Foods s’opposer violemment à une telle taxe.7 Il sera intéressant de voir comment cette lutte entre intérêts concurrentiels va se dérouler.

Que peut faire la profession?

Les abus alimentaires au Canada et dans le monde développé sont endémiques. Nous pouvons, sur les plans professionnel et individuel, accroître nos efforts pour atténuer les dommages des glucides alimentaires raffinés. Dans ses activités éducatives professionnelles, la dentisterie organisée doit équilibrer l’accent mis sur la dentisterie restauratrice en plaçant un plus grand poids sur la promotion de principes alimentaires sains. Les cours de formation continue parrainés par les universités doivent offrir aux cliniciens des conseils sur la façon d’aider les patients à adopter des habitudes et des modes de vie alimentaires plus sains. Dans ses activités éducatives à l’intention du public, la profession doit promouvoir d’autres choix sains pour remplacer les régimes alimentaires actuels. Dans ses activités de défense et d’intervention, la profession doit inciter les gouvernements à imposer des règlements plus sévères visant l’approvisionnement alimentaire afin d’assurer une plus grande sécurité publique. La profession pourrait jouer un rôle prépondérant dans une campagne contre les aliments grandement raffinés et transformés. Dans leurs entretiens avec les patients, les praticiens peuvent inclure des conseils sur les modes de vie visant à convertir des pratiques alimentaires dangereuses en pratiques saines.

La profession a un bilan de rendement en santé publique dont elle peut être fière à bon droit. En fait, les Centres de contrôle des maladies aux États-Unis comptent la fluoruration des eaux communautaires parmi les 10 plus grands triomphes de la santé au 20e siècle.8 Cependant, pour conserver le respect que la société accorde à la dentisterie, nous devons tous demeurer vigilants. Tous les membres de notre profession doivent être perçus comme des gens qui indiquent la voie à suivre sur tous les sujets dans le continuum des soins offerts en santé buccodentaire et en santé générale, y compris la promotion d’un régime alimentaire sain faible en glucides raffinés

L’AUTEUR

Le Dr Somborac est un dentiste généraliste à Collingwood, en Ontario. Il est l’auteur d’un ouvrage qui paraîtra bientôt : Your Mouth, Your Health: Stop and Reverse Aging (www.drmilanbooks.com). Courriel : milan@drmilan.com

Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement les vues et politiques officielles de l’Association dentaire canadienne.

Cet article a été révisé par des pairs.

Références

  1. US Department of Health and Human Services. Oral health in America: a report of the Surgeon General -- Executive Summary. Rockville, MD: US Department of Health and Human Services, National Institute of Dental and Craniofacial Research, National Institutes of Health, 2000.
  2. Ontario Dental Association. Tooth decay in Ontario’s children: an ounce of prevention – a pound of cure. 2008. Available: www.youroralhealth.ca/content/view/150/212/ (accédé le 21 septembre 2010).
  3. Cleave TL. The saccharine disease. John Wright & Sons: Bristol; 1974.
  4. Hujoel P. Dietary carbohydrates and dental-systemic diseases. J Dent Res. 2009;88(6):490-502.  
  5. Cordain L, Eaton SB, Sebastian A, Mann N, Lindeberg S, Watkins BA, et al. Origins and evolution of the Western diet: health implications for the 21st century. Am J Clin Nutr. 2005;81(2):341-54.  
  6. Leistikow BN. Reducing smoking and cancer in California: a success story [abstract]. November 12, 2002. 130th Annual Meeting of the American Public Health Association. Available: http://apha.confex.com/apha/130am/techprogram/paper_45412.htm (accédé le 21 septembre 2010).
  7. Adamy J. Soda tax weighed to pay for health care. wsj.com. May 12, 2009. Available: http://online.wsj.com/article/SB124208505896608647.html (accédé le 21 septembre 2010).
  8. Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Ten great public health achievements—United States, 1900-1999. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 1999;48(12):241-3.

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