L’hygiène buccodentaire et l’auto-évaluation du patient utilisées comme indicateurs du risque de maladies cardiovasculaires

December 2, 2010

Pleins feux sur la surveillance : Concepts actuels sur le lien santé buccodentaire-santé systémique

La Faculté de médecine dentaire de l'Université du Manitoba a inauguré son Centre international de santé buccodentaire-santé systémique en 2008. Le Centre est fier de s'associer au JADC pour présenter des résumés des plus récents articles et découvertes dans le domaine de la santé buccodentaire et santé systémique qui pourraient avoir une incidence sur l'exercice de la dentisterie.

La relation entre les maladies parodontales et les maladies cardiovasculaires fait l'objet d'études depuis plus de 2 décennies1. Comme l'inflammation systémique chronique joue un rôle important dans la pathogenèse de l'athérosclérose et qu'il a été démontré que la parodontite contribue au niveau global d'inflammation systémique, on préconise de plus en plus les interventions précoces qui élimineraient l'inflammation buccale et réduiraient le fardeau inflammatoire systémique global2.

Les récentes lignes directrices établies par le Journal of Periodontology et l'American Journal of Cardiology, sur la prise en charge conjointe des patients atteints de maladies cardiovasculaires et de parodontite, confirment l'importance de l'inflammation buccale parmi les composantes du risque cardiovasculaire3. Il importe donc que tous les professionnels de la santé considèrent l'inflammation buccale comme un facteur de risque de la santé cardiovasculaire et que l'équipe dentaire fasse partie du plan de traitement du patient. Une telle collaboration interprofessionnelle aura le double avantage d'établir des stratégies de réduction des risques individuels plus globales et d'améliorer les résultats pour la santé publique en général4.

Les professionnels de la santé non dentaires, les membres de la famille et les soignants ne sont pas formés pour utiliser les indices cliniques classiques (c.-à-d. saignement au sondage, profondeur des poches parodontales, indice de plaque) pour évaluer la santé buccodentaire globale ou la gravité de la parodontite. C'est ce qui explique les efforts qui sont faits en vue d'établir des méthodes de remplacement fiables et conviviales, qui pourraient servir d'indicateurs de l'inflammation buccale. Deux études récentes font œuvre de pionnier dans ce domaine.

La première étude fournit des données convaincantes établissant un lien entre les comportements déclarés par les répondants en
matière de brossage des dents et l'inflammation systémique et les maladies cardiovasculaires5. Cette étude révèle que les patients déclarant avoir une piètre hygiène buccodentaire (c.-à-d. se brossent les dents rarement ou jamais) présentent des taux élevés de biomarqueurs de l'inflammation systémique et un nombre plus élevé d'événements cardiovasculaires. Cette étude a utilisé des mesures de contrôle rigoureuses pour tenir compte des effets d'autres facteurs qui pourraient contribuer à l'inflammation systémique et à la piètre santé cardiovasculaire de ces patients.

La deuxième étude montre qu'un questionnaire d'auto-évaluation validé est un outil mieux adapté et plus fiable que les indices cliniques classiques pour déterminer la présence de parodontite6. Les résultats indiquent qu'une série de base de 8 questions (p. ex., «Vos gencives saignent-elles lorsque vous vous brossez les dents?», «Combien de fois par jour vous brossez-vous les dents?», «Vos dents sont-elles devenues mobiles spontanément?») permet de prévoir la présence de parodontite d'une manière plus précise et plus fiable qu'un examen de dépistage clinique classique.

L'accessibilité et l'utilisation plus répandues de ces autres méthodes pour mesurer l'inflammation buccale offrent un outil de remplacement utile aux professionnels dentaires qui cherchent à établir des liens de collaboration avec les autres professionnels de la santé. Les modèles de pratique interprofessionnelle ne cessent de se multiplier et l'équipe dentaire pourrait en profiter pour inciter les autres professionnels de la santé à bien évaluer la santé buccodentaire dans le cadre du plan global de traitement des patients atteints de maladies inflammatoires chroniques ou à risque de telles maladies ou d'une issue défavorable de la grossesse.

Comme l'inflammation buccodentaire est un facteur de risque facilement modifiable en santé publique, l'équipe dentaire devrait
promouvoir l'utilisation de ces autres outils et déployer les efforts visant à instaurer de nouveaux modèles de soins qui réduisent, voire éliminent, les sources d'inflammation dans l'ensemble de l'organisme et améliorent ainsi l'état de santé global.

Le Dr Iacopino est doyen, professeur de dentisterie restauratrice et directeur du Centre international de santé buccodentaire-santé systémique à la Faculté de médecine dentaire de l'Université du Manitoba, à Winnipeg (Manitoba). Courriel : iacopino@cc.umanitoba.ca.

Les opinions exprimées sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement les vues et politiques officielles de l'Association dentaire canadienne.

Références

  1. Persson GR, Persson RE. Cardiovascular disease and periodontitis: an update on the associations and risk. J Clin Periodontol. 2008;35:362-79.
  2. Iacopino AM. Quel est le rôle de l'inflammation dans le lien entre les maladies parodontales et l'état de santé en général? J Can Dent Assoc. 2008;74(8):695-6.
  3. Friedewald VE, Kornman KS, Beck JD, Genco R, Goldfine A, Libby P, et al. The American Journal of Cardiology and Journal of Periodontology Editors' Consensus: periodontitis and atherosclerotic cardiovascular disease. Am J Cardiol. 2009;104(1):59-68.
  4. Hein C, Small D. Combating diabetes, obesity, periodontal disease and interrelated inflammatory conditions with a syndemic approach. Grand Rounds Oral-Sys Med. 2006;2:36-47.
  5. de Olivera C, Watt R, Hamer M. Toothbrushing, inflammation, and risk of cardiovascular disease: results from Scottish Health Survey. BMJ. 2010;340:c2451.
  6. Eke PI, Genco RJ. CDC Periodontal Disease Surveillance Project: background, objectives, and progress report. J Periodontol. 2007;78(7 Suppl):1366-71.

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