Programmes de formation dentaire : on doit insister sur le mieux-être du patient

May 24, 2010

En notre qualité d’enseignants dentaires, nous nous inquiétons du fait que l’enseignement des services de santé buccodentaire essentiels est en train de perdre son importance relative dans les programmes de formation dentaire de 1er cycle au Canada. À notre point de vue, quand nous parlons des soins de santé buccodentaire essentiels, nous pensons aux services de santé essentiels comme le traitement des fentes labiales et palatines, de l’apnée obstructive du sommeil, de l’ankylose de l’articulation temporomandibulaire, du carcinome spinocellulaire de la lèvre et de lésions traumatiques sérieuses. Si les étudiants en médecine dentaire peuvent apprendre à faire partie d’une équipe qui offre des services de santé essentiels semblables, nous sommes d’avis qu’à titre de professionnels, ils feront preuve d’une compréhension et d’une compassion plus profondes à l’égard du patient.

Une méthode d’évaluation mal conçue…

Tout débat sur la proéminence amoindrie des services de santé buccodentaire essentiels dans nos facultés de médecine dentaire doit également porter sur les méthodes d’enseignement et d’évaluation qui semblent s’y être implantées. Nous soutenons que l’utilisation accrue des évaluations quantitatives des enseignants, ainsi que l’importance moindre accordée au mieux-être du patient, exigent plus d’attention.

Le premier point à examiner est l’utilisation répandue des méthodes d’évaluation quantitative et leurs résultats inattendus. Il est devenu fréquent pour les facultés de médecine dentaire et leurs administrateurs de prendre des décisions visant le personnel et les programmes en s’appuyant sur des données recueillies méthodiquement. Ces données sont souvent obtenues à l’aide d’évaluations de l’enseignement par les étudiants, d’évaluations par des pairs et par des auto-évaluations faites par les enseignants.

Ces 3 méthodes d’évaluation sont populaires parce que les données écrites touchant l’évaluation de l’enseignement sont souvent nécessaires pour justifier les promotions ou pour se conformer à des raisons de procédures juridiques et universitaires. Or, nous sommes d’avis que ces méthodes d’évaluation conventionnelles sont fondamentalement mal conçues parce qu’elles tentent d’appliquer les méthodes de la science à l’étude de phénomènes sociaux.

Les buts de ces méthodes d’évaluation visent plus à mesurer les performances et à attester les compétences qu’à améliorer l’enseignement. Le défaut le plus grave de ces évaluations est d’avoir peu de rapport avec le mieux-être du patient. Les données touchant la performance pédagogique entraînent rarement par la suite des recommandations et des améliorations soit dans les soins des patients, soit dans les soins de santé buccodentaire essentiels. Par dessus tout, les enseignants, les étudiants et les administrateurs entreprennent des exercices d’évaluation qui ne tentent pas d’évaluer directement si l’état du patient s’est amélioré considérablement.

…donne lieu à une méthode d’enseignement mal conçue

Dans les facultés de médecine dentaire, la norme veut que les enseignants donnent aux étudiants des objectifs clairs, du matériel de cours, des références adéquates et des démonstrations pratiques sur un sujet particulier. Ensuite, nous leur assignons des tâches ou des pseudoproblèmes et nous leur demandons de se servir des compétences que nous leur avons déjà apprises pour «résoudre» ces scénarios simulés. Les tâches deviennent des problèmes seulement quand les étudiants n’ont pas les compétences pour s’en charger. Autrement, une tâche donnée devient simplement un exercice ou une répétition pour utiliser les compétences déjà acquises.

Ce que nous donnons peu souvent à l’étudiant, c’est l’occasion de formuler des problèmes, un exercice d’une importance intellectuelle considérablement plus grande que la solution d’un problème. En le privant de cette opportunité éducative précieuse, nous séparons à tort la conception de l’exécution, et ce faisant, mettons l’accent sur la formation professionnelle plutôt que sur l’éducation professionnelle. En mettant l’accent sur une telle approche, la pertinence des besoins du patient est perdue, et notre objectif à long terme visant à encourager les dentistes à être des professionnels de la santé créatifs, innovateurs et soucieux du bien-être d’autrui est compromis.

Comment pouvons-nous corriger ces défauts manifestes? Le clinicien-enseignant doit avoir une passion authentique pour sa discipline. De même, les enseignants en médecine dentaire doivent afficher un comportement qui prouve aux étudiants que le patient passe vraiment en premier, ce qui exige de leur part qu’ils soient nécessairement éclectiques. Cependant, il y a peu de partisans (ou de mesures précises) de l’éclectisme en éducation dentaire aujourd’hui. La confiance mise dans les évaluations actuelles des enseignants a entraîné l’uniformité, la prévisibilité, la précision et le contrôle. Nous devrions toujours nous souvenir que l’enseignement est, en grande partie, un art qu’une évaluation quantitative ne saisit pas toujours.

Par ailleurs, nos éducateurs doivent célébrer le raisonnement chez nos étudiants, et la meilleure façon pour ce faire est d’afficher un comportement que ceux-ci peuvent imiter. Pour le clinicien-enseignant, cela signifie faire des explorations cliniques qui visent à améliorer l’état du patient en vérifiant ou en rejetant l’à-propos d’un traitement. L’enseignant doit alors tenter de rédiger, pour une publication revue par des pairs, un article sur ces explorations. Les étudiants en médecine dentaire sont extrêmement réceptifs à ce genre d’enseignement par l’exemple.

Le principe directeur de l’enseignement dentaire actuel, lequel est dicté par la formulation d’énoncés touchant les buts éducationnels, les objectifs des cours et les méthodes d’évaluation de l’enseignement, doit également démontrer aux étudiants que les administrateurs et les enseignants se préoccupent avant tout du mieux-être du patient. Si nous échouons sur ce point, nous risquons réellement d’accorder des diplômes à de nouveaux dentistes qui auront été éduqués sans avoir été convaincus que le patient passe vraiment en
premier.

LES AUTEURS

Le Dr Precious est doyen
émérite de la Faculté de médecine
dentaire et professeur au Département des sciences buccales
et maxillofaciales, Division de chirurgie à l’Université
Dalhousie, à Halifax (Nouvelle-Écosse).

Le Dr Goodday est
professeur agrégé et directeur du Département
des sciences buccales et maxillofaciales, Division de chirurgie à
l’Université Dalhousie, à Halifax (Nouvelle-Écosse).

Le Dr Morrison est professeur agrégé au Département des sciences buccales et maxillofaciales, Division de chirurgie à l’Université Dalhousie, à Halifax (Nouvelle-Écosse).

Le Dr Davis est professeur
agrégé au Département des sciences buccales
et maxillofaciales et chef de la Division de chirurgie à
l’Université Dalhousie, à Halifax (Nouvelle-Écosse).

Le Dr Robertson est professeur
adjoint au Département des sciences buccales et maxillofaciales,
Division de chirurgie à l’Université Dalhousie,
à Halifax (Nouvelle-Écosse).

Écrire au : Dr David Precious CM, 5981, av. University, Université Dalhousie, Halifax, (N.-É.) C3H 1W2.

Les opinions exprimées sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement les vues et politiques officielles de l’Association dentaire canadienne.

Cet article a été révisé par des pairs.

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