Réflexion sur notre profession

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Au fil de mon engagement dans la dentisterie organisée, j'ai eu l'occasion d'interagir avec bon nombre de chefs de file de notre profession. Après bien des conversations sérieuses avec des collègues, je sens qu'il existe une certaine préoccupation à l'égard du sentiment de prérogative que nourrissent des dentistes et de son incidence sur la confiance des patients et l'orientation de notre profession.

Je suis d'accord. J'ai vu des choses qui m'ont déçu et à l'occasion qui m'ont choqué. Le manque de jugement, les manœuvres douteuses et l'imprudence ne riment à rien à mon avis, même si j'essaie de me dire que toutes ces activités visaient des fins personnelles. J'ignore si l'incidence du manque de discernement et du traitement inférieur aux normes a changé au fil du temps. À l'instar de bien d'autres choses, cette perception pourrait être simplement attribuable à ma prise de conscience accrue d'un état de fait qui ne se dément pas. Dans le même ordre d'idées, j'ignore si la qualité des diplômés a changé au fil du temps. Mon impression subjective me porte à croire que les promotions d'aujourd'hui ont le même spectre d'intelligence, de connaissances spécialisées et d'éthique qu'avait ma promotion. Il est peut-être tout simplement normal pour les générations précédentes de se faire du souci pour les générations subséquentes.

Je crois fermement à l'intégrité de ma profession et à ma capacité de changer le cours des choses. Je crois que les dentistes et les organismes dentaires conviennent du principe de base voulant que fonctionner dans l'intérêt supérieur des patients et du public sert l'intérêt supérieur de notre profession. Mes camarades de classe reconnaissent les privilèges inhérents qui nous incombent à titre de dentistes tout autant que les obligations à titre de professionnels. La grande majorité des dentistes sont des cliniciens qualifiés qui essaient de faire ce qu'il y a de mieux pour leurs patients. Cela dit, nous commettons tous des erreurs et parfois nous confondons nos intérêts personnels et ceux de nos patients, mais ces erreurs sont attribuables principalement à l'ignorance ou à la nature humaine.

Il est essentiel d'évaluer l'orientation de notre profession pour en préserver la pertinence dans la société et pour maintenir la confiance de nos patients. J'ai quelques réflexions sur la façon dont nous pouvons travailler ensemble, à titre de cliniciens et d'organismes dentaires, pour soutenir notre profession.

1. Susciter un sentiment d'appartenance à notre profession

J'habite dans une petite municipalité où règne un esprit communautaire fort. Si je ne déblaie pas mon entrée peu de temps après une tempête, bien souvent quelqu'un le fera à ma place. En contrepartie, je reconnais que ma collectivité s'attend à ce que j'entretienne ma propriété. J'ai l'obligation implicite d'aider d'autres membres de ma collectivité quand ils sont dans le besoin.

Dans le même ordre d'idées, un sentiment d'appartenance à une profession sous-entend des responsabilités et des avantages inhérents. Le fait de savoir qu'ils peuvent avoir du soutien et de l'aide et qu'ils ne sont pas isolés de leurs pairs encourage les professionnels à poser des questions, à divulguer des problèmes et à chercher conseil. Qui plus est, le fait de savoir que quelqu'un surveille – quelqu'un qui possède les connaissances pour poser un jugement et la volonté d'intervenir si des normes ne sont pas respectées – a un important effet modérateur sur les activités, surtout si l'observateur est un pair respecté.

Je suis parfois surpris que des membres prêts à discuter avec des patients des inaptitudes qu'ils perçoivent chez un collègue ont souvent des réticences à aborder la question directement avec le collègue visé ou un organisme de réglementation. Dans une communauté, à mon avis, ce devrait être le contraire.

Les organismes de réglementation, les facultés, les cercles d'études, les programmes de mentorat, les rencontres de classe et les organismes de services aux membres offrent des occasions, surtout pour les nouveaux diplômés, de trouver et d'acquérir un sentiment d'appartenance à notre profession.

2.  Centrer les programmes de formation sur les perspectives d'ensemble

J'ai une perception très simple de mon rôle de dentiste : je suis là pour aider mes patients et pour servir leurs intérêts. Pour ce, je dois prendre le temps de les écouter et respecter leur capacité à choisir les soins qui répondent le mieux à leurs besoins. Évidemment, il faut posséder des compétences spécialisées pour aider les patients, mais ces compétences sont sans importance si les patients ne sont pas guidés convenablement.

Certains programmes de formation mettent l'accent surtout par nécessité sur l'acquisition de compétences spécialisées et sur l'apprentissage de procédures particulières ou même d'exigences de facturation. En conséquence, le défi consiste à aider les étudiants à comprendre que la principale obligation de notre profession consiste à repérer la cause d'un trouble et à aider le patient à trouver une solution et non pas seulement à effectuer des procédures techniques. Il se pourrait que les programmes de formation des dentistes fassent involontairement ressortir que la clé du succès repose sur la facturation et les procédures au lieu du diagnostic et de la communication.

Durant ma formation, ce que j'ai appris sur la planification de traitement était fondé principalement sur ce que mes superviseurs m'ont enseigné au sujet de la référence en matière de traitement dans des conditions particulières. La participation du patient était minimale. J'ai rencontré des dentistes qui maintiennent que limiter les options des patients à la quintessence constitue la seule façon éthique d'exercer la dentisterie. Je suis peut-être cynique, mais il me semble que la norme qui est jugée comme la référence comprend souvent des options dispendieuses et met habituellement l'accent sur les options que le dentiste est capable d'effectuer. La possibilité qu'un intérêt personnel puisse sous-tendre ces recommandations n'est jamais abordée comme étant un risque. La sensibilisation des étudiants au concept de consentement éclairé entourant la planification d'un traitement pourrait les aider à intégrer éthique et aptitudes en communication. Le Collège royal des chirurgiens dentistes de l'Ontario et l'Association dentaire de l'Ontario ont conçu une excellente ressource (en anglais) sur le consentement éclairé (www.rcdso.org/quality_assurance/life/informConsent.html).

3. Le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre

La plupart des nouveaux diplômés se joignent à un cabinet à titre de dentiste à pourcentage. Le dentiste propriétaire peut avoir une grande influence sur l'orientation de leur pratique et leur processus décisionnel, peut-être autant que leur scolarité. Il est fort probable que les diplômés vont suivre le modèle des activités et des pratiques de facturation auquel ils ont été exposés au départ. Ceux qui assument le rôle influent de dentiste propriétaire doivent reconnaître l'importance de leur fonction de mentor et veiller à ce que leur exercice et activités reflètent les normes les plus élevées pour éviter d'influencer de manière négative la prochaine génération.

Le changement, qu'il soit positif ou négatif, se produit généralement seulement quand on y travaille. Il est rare de pouvoir tout régler avec une grande idée ou gros groupe de travail, mais nous pouvons tous exercer une influence dans notre petite sphère. Additionnées les unes aux autres, ces influences à petite échelle auront une grande incidence. Suis-je naïf? Peut-être. Long et ennuyeux? Sans doute. Mais si je n'y croyais pas vraiment, je ne perdrais pas mon temps à essayer.


L' AUTEUR

Le Dr Van Woensel pratique en milieu rural à Somerset, au Manitoba.

Écrire au : Dr Marcel Van Woensel, C.P. 147, Swan Lake (Manitoba)  R0G 2S0. Courriel: mvanwoe@mymts.net

Les opinions exprimées sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement les vues et politiques officielles de l'Association dentaire canadienne.