Remettre en question les règles de contrôle des infections

July 11, 2011

Je souhaite remercier le Dr Barbeau d’avoir jeté un regard neuf sur la prévention des infections. Il relève correctement les pièges inhérents au fait d’invoquer le principe de précaution pour justifier des recommandations sur le contrôle des infections – une façon de faire malheureuse que le secteur de la dentisterie a adopté à bras ouverts.

Je conviens avec le Dr Barbeau qu’il ne faut jamais tirer de conclusions sans qu’elles ne soient corroborées par des données pertinentes. Le Dr Barbeau souligne qu’il «applique  impitoyablement cette règle». Malheureusement, il fait fi de ses propres conseils en prenant pour acquis que le bien-fondé du nettoyage et de la stérilisation des endoscopes justifie la stérilisation des pièces à main. Il s’agit certainement là d’un exemple d’une affirmation non corroborée par des données. Il est d’autant plus déconcertant que le Dr Barbeau fasse cette affirmation sans tenter de trouver des études cliniques fiables sur l’efficacité de la stérilisation des pièces à main.

Selon le Dr Barbeau, la science ne se préoccupe pas de la vérité, mais plutôt des faits. Or, pour la plupart des gens, science et vérité sont synonymes. Si quelque chose est étiquetée comme un fait scientifique, la majorité des gens conviennent qu’il s’agit d’une vérité hors de tout doute raisonnable. Le Dr Barbeau aurait dû souligner que le propre de la science est de progresser en remettant continuellement en question ses théories – même si cela attire les foudres des défenseurs de l’orthodoxie. Les conclusions de Semmelweis au sujet du lavage des mains, qui ont été considérées comme une hérésie par ses collègues dans les années 1880, constituent un exemple parfait de remise en question.

Le Dr Barbeau semble réticent à mettre en doute même les règles de contrôle des infections inopportunes sous le prétexte qu’une fois mises en vigueur, ces règles s’autoperpétuent. Toutefois, la nature provisoire d’une bonne partie des connaissances scientifiques exige qu’elles soient remises en question pour que la prochaine génération de règles de prévention des infections ne répète pas les erreurs du passé.

Dr John Hardie

Vancouver (Colombie-Britannique)

 

Réponse de l’auteur

Citez comme suit : J Can Dent Assoc 2011;77:b89_f

 

Je tiens à remercier le Dr Hardie de ses remarques pertinentes et cruciales au sujet du débat sur la prévention des infections. Il correspond clairement à l’homme sage auquel fait référence la dernière citation de mon article. Ses remarques m’ont incité à me pencher de nouveau sur mon texte et sur son message implicite. Après y avoir bien réfléchi, j’ai conclu que je n’étais pas en contradiction avec moi-même, comme m’en accuse le Dr Hardie. Je dois cependant admettre qu’il faut tenir compte des perceptions et que celles-ci peuvent avoir une incidence sur les politiques de prévention des infections.

La perception du risque varie certainement en fonction de l’extrémité de la pièce à main à laquelle on se trouve. Bien que cette perception personnelle du risque ne se réduise pas à de simples calculs statistiques dépourvus d’âme, elle est certainement fondée sur des faits. Qu’il s’agisse d’un endoscope ou d’une pièce à main dentaire, les liquides organiques peuvent contaminer ces instruments médicaux composés de multiples pièces. On en a déjà fait la démonstration, de manière éloquente à mon avis, peu importe l’extrémité du tube digestif dont il est question! Que cette démonstration ait été faite en laboratoire ou dans une vraie clinique est non pertinent.

L’absence d’un cas documenté d’infection attribuable à une mauvaise «décontamination» est aussi non pertinent. Des microbes invisibles peuvent se cacher dans les parties internes d’un instrument et se manifester inopinément. C’est un fait. Je ne peux pas prouver avec certitude que ce fait aura des conséquences désastreuses. Personne ne le peut. Mais, compte tenu du fait «pur et dur» susmentionné qui a été obtenu en laboratoire, je ne voudrais pas que quelqu’un m’introduise dans la bouche une pièce à main de propreté douteuse simplement parce que son seuil de tolérance au risque est supérieur au mien. C’est un autre fait. Il s’agit aussi d’un pas de côté acceptable dans cette danse carrée qu’est la science. Il ne serait guère acceptable d’attendre des preuves cliniques d’un tel concept.

Je ne rejette certainement pas le principe de précaution. Il constitue une police d’assurance valable, s’il est employé avec soin. C’était d’ailleurs l’un de mes arguments, même si je ne l’ai peut-être pas fait valoir avec une clarté limpide. Un autre argument est celui de remettre en question l’utilité de tests biologiques quotidiens, ce que je maintiens pour les raisons mentionnées précédemment.

En ce qui concerne l’affirmation du Dr Hardie pour qui la science progresse parce qu’on en remet continuellement en question les théories malgré des points de vue bien arrêtés, je ne saurais mieux dire. Le pauvre Ignaz Semmelweis s’est battu à contre-courant jusqu’à la folie pour essayer de vendre l’importance du lavage des mains auprès d’un groupe de sceptiques. Trop de femmes et de nouveau-nés sont décédés avant que le lavage des mains ne soit finalement adopté après des années de tergiversations scientifiques. Semmelweis ne pouvait pas prouver sans détour que de passer d’une autopsie à un accouchement, sans prendre de mesures sanitaires entre les deux actes, causait des infections mortelles. Pourtant, c’est un fait qu’une mesure simple et peu coûteuse comme le lavage des mains était associé à une réduction considérable du nombre de décès. Si le principe de précaution avait été connu et admis au XIXe siècle, bien des vies auraient pu être sauvées, malgré les échanges animés qui avaient cours. La science en a pris bonne note et a réagi en conséquence. Bien évidemment, le paradigme des pièces à main dentaire ne se compare pas (du moins en terme d’ampleur) à cet épisode dramatique de l’histoire de la médecine.

Les faits peuvent et doivent être remis en question s’il y a de bonnes raisons de croire que leur origine est douteuse. Au même titre qu’il doit y avoir une distinction entre les croyances et la science, il faut distinguer un doute raisonnable d’une certitude coulée dans le béton. L’absence de preuve n’équivaut pas à une preuve d’absence.

Dr Jean Barbeau

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