La profession doit se pencher sur le coût des soins

August 19, 2013

Le mot du Dr Peter Doig intitulé Élaborer une stratégie nationale visant la santé buccodentaire1 était certainement une bonne nouvelle. Toutefois, à moins que des fonds ne soient tombés du ciel ou qu’il y ait eu un changement de cap des divers ordres de gouvernement qui les aurait amenés à accepter que la santé buccodentaire fait partie de la santé générale, tout cet exercice ne restera que des vœux pieux.

La plupart des dentistes concluront que nous ne faisons qu’entamer une autre de nos analyses périodiques des lacunes au niveau de la prestation des soins buccodentaires au Canada. S’ensuivra sans doute un noble énoncé de mission, après quoi les dentistes du Canada reprendront leur train-train habituel. Il est peu probable que le coût des traitements fasse l’objet d’un débat, si ce n’est peut-être un débat superficiel.

On accordera vraisemblablement peu d’attention au fait que les soins buccodentaires sont devenus tellement coûteux que des employeurs doivent subventionner les frais dentaires de leur personnel avec des régimes de soins dentaires. Et il est aussi très peu probable qu’on aborde le fait que des traitements endodontiques coûtent 400 $ l’heure dans un cabinet général (alors que le premier ministre gagne environ 167 $ l’heure, pour une semaine de 40 heures!) ou qu’un retraité sans régime de soins dentaires devra débourser près de 1000 $ pour l’extraction d’une molaire par un chirurgien buccal, une intervention qui n’est même pas particulièrement délicate, semble-t-il. Je me demande si le coût élevé des soins buccodentaires pour le public sera même l’objet d’une quelconque attention.

Si, comme l’indique le Dr Doig, une enquête de 2009 a montré que 84 % de notre population bénéficient de soins buccodentaires satisfaisants, cela signifie que jusqu’à 16 % de nos citoyens (ou 5,6 millions de Canadiens) ne bénéficient peut-être pas de traitements buccodentaires à cause de leur coût élevé. Il ne fait aucun doute que tout est axé sur l’économie de la médecine dentaire. Cela dit, quand la Société canadienne de pédiatrie se dit préoccupée par le fait que les enfants n’ont pas un accès adéquat à des soins, il est grandement temps que les ministères de la santé et les dentistes se réveillent. Le Dr Doig a indiqué, de manière pragmatique, que si nous ne prenions pas les choses en main quelqu’un d’autre allait peut-être le faire à notre place – sans nous consulter et sans miser sur notre expertise.

Les efforts de la médecine dentaire organisée pour trouver une solution se butent à deux obstacles intimement liés et en apparence immuables. D’une part, les organismes de financement gouvernementaux ne reconnaissent pas que la bouche se situe à l’extrémité supérieure du système digestif, ce qui placerait la médecine dentaire sur un pied d’égalité avec la médecine du point de vue du bien-être des humains. D’autre part, vu que la situation actuelle arrange les gouvernements sur le plan fiscal, la médecine dentaire est exclue d’un financement public semblable à celui de la médecine. Les gouvernements avancent toujours les coûts élevés de la médecine dentaire comme grand argument pour justifier leur résistance – et franchement, qui peut le leur reprocher? Peut-être que le meilleur moyen de résoudre cette impasse serait que la profession fasse des efforts sérieux et concertés pour réduire le coût des services, sans trop affecter le revenu net des dentistes idéalement. Sans cela, on pourrait facilement croire que tout cela nous importe peu.

Peu importe les bonnes intentions que nourrit notre profession en s’efforçant de concevoir une nouvelle stratégie nationale visant la santé, il sera impossible d’offrir des soins dentaires à plus de 5,6 millions de Canadiens non assurés à moins que des fonds ne soient affectés à cette fin à grande échelle. Au lieu de discuter en vase clos, nous devons nous adresser aux autorités gouvernementales responsables du financement de soins de santé.

Dr Don Mulcahy

Strathroy (Ontario)

Référence

  1. Doig P. Élaborer une stratégie nationale visant la santé buccodentaire. J Can Dent Assoc. 2013;79:d85_f.

 

Réponse du Dr Peter Doig

Citez comme suit : J Can Dent Assoc 2013;79:d125_f

Je tiens à remercier le Dr Mulcahy de l’intérêt qu’il porte à l’élaboration d’une stratégie nationale visant la santé buccodentaire au Canada. Je comprends les préoccupations qu’il soulève. Je suis ravi de constater qu’on a lu mon mot du président avec attention.

Bien que l’on convienne généralement des lacunes de la prestation de soins buccodentaires auprès d’une minorité de Canadiens, il n’y a jamais eu de stratégie exhaustive fondée sur le savoir pour prendre la situation en main. Les actions antérieures pour aborder le problème de l’accès aux soins et des lacunes de la prestation des soins buccodentaires n’ont pas été concertées. Des programmes ont été mis sur pied par divers groupes représentant divers ordres de gouvernement, sans que la profession n’ait toujours été consultée. Ces programmes n’ont pas été élaborés de manière à permettre une analyse scientifique de leur efficacité, tant sur le plan des traitements que de l’efficacité.

À titre de spécialistes des données scientifiques et des modes de traitement, les dentistes doivent présider l’élaboration de stratégies pour pallier les lacunes de la prestation de soins buccodentaires. Ces stratégies doivent être exécutables, fructueuses et dotées d’un moyen d’en évaluer scientifiquement l’efficacité. Une stratégie nationale fournira un plan détaillé pour la prestation de soins buccodentaires économiques et convenables sur le plan clinique et permettra aux gouvernements d’affecter des ressources à des programmes qui améliorent la santé buccodentaire. Cette stratégie ne garantira pas que les gouvernements seront prêts à consacrer les ressources nécessaires pour que la santé buccodentaire des Canadiens soit optimale, mais elle les guidera pour que les ressources effectivement attribuées portent des fruits.

Notre profession ne peut à elle seule pallier toutes les lacunes au niveau des soins buccodentaires de la société. Mais, en tant que chef de file, elle est à même d’offrir les meilleurs conseils visant la prestation de soins buccodentaires à tous les Canadiens.

Dr Peter Doig

Président de l’ADC

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