Comment dois-je traiter un patient atteint du syndrome de brûlure de la bouche?

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Syndrome de brûlure de la bouche

Sensation de brûlure idiopathique de la muqueuse buccale, sans cause sous-jacente apparente. L’étiologie et la pathogénie de ce syndrome demeurent inconnues (semblent multifactorielles) et pourraient avoir un fondement neuropathique.

Présentation

Population

  • Adultes d’âge moyen et personnes âgées
  • Principalement les femmes en périménopause et en postménopause

Signes

  • L’apparition est habituellement spontanée, mais un traumatisme ou un traitement dentaire antérieur pourraient être des facteurs déclenchants
  • Se manifeste le plus souvent comme une sensation de brûlure bilatérale au niveau de la langue, des lèvres et du palais
  • S’accompagne souvent de xérostomie
  • Le syndrome peut être associé à l’anxiété, à la dépression ou à une mauvaise « qualité de vie »

Symptômes

  • Sensation de brûlure continue de la langue, du palais dur ou des lèvres
  • Le patient peut avoir l’impression que sa bouche est sèche ou sableuse ou ressentir des picotements; la sensation peut aussi être associée à d’autres changements dysesthésiques
  • Dans certains cas, manger ou mâcher de la gomme atténue la douleur
  • La sensation est souvent associée à une agueusie ou à une altération du goût (p. ex. goût fantôme)

Investigation

  • Faire un examen complet des antécédents médicaux du patient, à la recherche de maladies ou de troubles s’accompagnant de symptômes buccaux connexes
  • Faire un examen buccal et, s’il y a lieu, des analyses de laboratoire complémentaires (c.-à-d. biopsie, frottis fongique, analyses de sang, etc.), pour diagnostiquer les changements dans la muqueuse et pour évaluer et exclure toute affection systémique qui pourrait causer une sensation de brûlure de la muqueuse buccale

Diagnostic

Un diagnostic de syndrome de brûlure idiopathique de la bouche peut être posé si toutes les causes localisées et systémiques peuvent être exclues, sur la base de l’examen clinique et des évaluations complémentaires en laboratoire.

Diagnostic différentiel

  • Irritation de la muqueuse due :
    • à une restauration rugueuse ou à une prothèse mal ajustée, à des habitudes parafonctionnelles (p. ex. se mordre la joue ou la langue, se frotter la langue)
    • à une hypersensibilité de contact à des produits d’hygiène buccodentaire, à des aliments ou à des matériaux dentaires
    • au tabagisme
  • Hypoptyalisme dû :
    • à une maladie auto-immune (p. ex. syndrome de Sjögren)
    • à une radiothérapie de la tête et du cou
    • à des effets secondaires liés à des médicaments
  • Problèmes cutanéo-muqueux (p. ex. lichen plan, pemphigoïde bénigne des membranes muqueuses, pemphigus)
  • Glossite exfoliatrice marginée (langue géographique)
  • Candidose
  • Carence en vitamines et en minéraux (p. ex. vitamine B12, acide folique, fer, zinc)
  • Problèmes endocriniens (p. ex. diabète, hypothyroïdie)

Traitement

Traitements initiaux courants

  • Sucer des morceaux de glace
  • Boire souvent de l’eau froide
  • Éviter l’alcool, les aliments, les produits buccaux ou les habitudes pouvant exacerber les symptômes

Autres traitements

  • Il a été démontré que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), le clonazépam et peut-être aussi l’acide alpha-lipoïque sont efficaces pour atténuer les symptômes.
  • Il arrive souvent que des antidépresseurs et des anticonvulsivants soient prescrits; les données expérimentales sont toutefois insuffisantes pour en confirmer l’efficacité dans le traitement de la brûlure idiopathique de la bouche. L’utilisation de ces médicaments est cependant établie pour le traitement d’autres douleurs neuropathiques.

Conseils

  • Reconnaître le problème et rassurer le patient, car il arrive très souvent que les patients ressentent de la frustration et du mécontentement.
  • Le traitement est difficile et complexe. Il est recommandé de diriger le patient vers un spécialiste en médecine buccale ou en pathologie buccale ayant des activités cliniques; une prise en charge médicale plus approfondie est recommandée si le patient présente d’autres problèmes complexes qui pourraient contribuer à sa douleur.
  • Les buts du traitement doivent être réalistes. La prise en charge se veut essentiellement un traitement de soutien visant à réduire, davantage qu’à éliminer, les symptômes.

Les auteurs

 

La Dre Chugh est professeure adjointe au Département de pathologie buccale et de médecine buccale, Faculté de médecine dentaire, Université de Toronto, Toronto.

 

Le Dr Mock est professeur au Département de pathologie buccale et de médecine buccale, Faculté de médecine dentaire, ainsi qu’au Département pathobiologie et de médecine de laboratoire, Faculté de médecine, Université de Toronto, Toronto.

Écrire à : Dre Deepika Chugh, Université de Toronto, Faculté de médecine dentaire, 124, rue Edward, bureau 515A, Toronto (Ontario)  M5G 1G6. Courriel : deepika.chugh@dentistry.utoronto.ca

Les auteurs n’ont aucun intérêt financier déclaré.

Cet article a été revu par des pairs.

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