La médecine dentaire contribue-t-elle à l’abus de médicaments d’ordonnance?

February 19, 2014


Dr Benoit Soucy

Le 24 Janvier 2014, la ministre de la Santé, Rona Ambrose, et le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies (CCLT) ont tenu un symposium conjoint en vue de cerner des mesures pour contrer l’abus croissant de médicaments délivrés sur ordonnance au Canada.

Le Dr Benoit Soucy, directeur des affaires cliniques et scientifiques de l’ADC, a assisté au symposium de pair avec des représentants des secteurs de la santé, des administrations publiques, des Premières Nations et de l’application de la loi. L’ADC a demandé au Dr Soucy des précisions sur cet évènement.

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ADC : Quelle était la toile de fond de ce symposium?

Dr Benoit Soucy (BS): Il y a environ une année, le CCLT a présenté un rapport intitulé S’abstenir de faire du mal : Répondre à la crise liée aux médicaments d’ordonnance au Canada qui se penche sur l’abus de médicaments délivrés sur ordonnance au Canada.

Malgré l’ampleur considérable de cette problématique chez nous – le Canada est maintenant le deuxième consommateur mondial par personne d’opioïdes sur ordonnance –, le public n’y est généralement pas conscientisé. La ministre Ambrose et tous les ministres provinciaux de la Santé conviennent que l’abus de médicaments délivrés sur ordonnance au Canada mérite nettement notre attention.

ADC : Qui a pris part à ce symposium?

BS: Des organismes de la santé, comme l’Association médicale canadienne et l’Association des pharmaciens du Canada, des organismes gouvernementaux spécialisés dans ce domaine ainsi que des organismes à but non lucratif qui luttent contre l’abus de médicaments d’ordonnance. À part l’ADC, deux autres organismes dentaires étaient présents : la Fédération canadienne des organismes de réglementation dentaire et l’Association des facultés dentaires du Canada (AFDC).

ADC : Quels grands éléments ont été abordés cette journée-là et en quoi avaient-ils trait à la médecine dentaire?

BS : La journée était organisée autour de quatre tables rondes, dont deux étaient liées à la médecine dentaire.

La première table ronde a mis l’accent sur la prévention. L’ADC et l’AFDC ont participé aux échanges, qui ont été axés principalement sur des façons de limiter l’approvisionnement en médicaments d’ordonnance, afin d’en éviter l’abus à terme. Du point de vue de la médecine dentaire, il est évident que nous prescrivons des analgésiques à nos patients. Comme il peut être difficile d’évaluer leurs besoins, nous avons tendance à leur en prescrire davantage que ce qu’ils prendront au bout du compte. Et c’est là que le bât blesse : les médicaments remis aux patients qui ne sont pas pris ne sont pas comptabilisés.

Une autre table ronde intéressante pour les dentistes a porté sur la formation. Nous avions de toute évidence beaucoup à dire au sujet de la formation à l’école, mais aussi en contexte de perfectionnement professionnel. Toutes les parties engagées ont convenu que la formation doit se donner dans un esprit inoffensif. Les dentistes devraient se sentir à l’aise de s’inscrire à des cours et savoir que cela n’aura pas de répercussions sur leur permis d’exercer.

Les deux autres tables rondes ont traité du traitement des dépendances et de l’application de la loi.

ADC : A-t-on le sentiment que les dentistes devraient déployer davantage d’efforts pour trouver une solution à cette problématique?

BS : Le rôle que la médecine dentaire doit jouer est clairement défini dans le rapport S’abstenir de faire du mal. Il ne fait aucun doute que nous contribuons à la situation. Pour cette raison, nous devons faire partie de la solution.

ADC : Quelles mesures concrètes peut prendre la profession?

BS : Nous devons nous assurer d’offrir aux dentistes des occasions de perfectionnement professionnel sur la délivrance appropriée de médicaments sur ordonnance. Nous devons aussi travailler avec d’autres intervenants clés pour trouver une solution à cette problématique.

ADC : Quels conseils offririez-vous à un dentiste?

BS :  À n’en pas douter, la mesure la plus évidente que puisse prendre un dentiste est de revoir ses habitudes de prescription. Il devrait aussi prendre le temps de discuter du soulagement de la douleur avec ses patients. Un dentiste doit sensibiliser ses patients.

Nous avons probablement tous déjà eu des patients qui veulent être reçus en urgence à cause d’une douleur insoutenable. Nous arrivons souvent à identifier ceux qui veulent des médicaments délivrés sur ordonnande davantage pour satisfaire leur dépendance que pour soulager leur douleur. Nous devons agir avec beaucoup de compassion auprès de ces patients.

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Le texte ci-dessus est un condensé de l’entrevue. Pour entendre l’enregistrement de l’entrevue au complet [en anglais], consultez le site d’Oasis Discussions à www.oasisdiscussions.ca/2014/02/04/pda/.

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